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Mille et une Terrasse N° 57 Jordie Grognard Trio

UN PEU de souvenirs du quatrième jour de juin et date de la cinquante septième des MILLE ET UNE TERRASSE. Matthieu Ha mettait un drapeau d’or tout neuf, il était d’huile et faisait flotter ses reflets d’or et d’argent. Quand le vent venait du Nord, il tournait sa face dorée devant la terrasse extérieure. Quand le vent soufflait par le Sud alors l’étendard montrait son côté pile en argent. Le temps était ensoleillé et chaud avec un vent invariablement fort. Elle était déjà loin l’époque des Mille et Une Terrasse d’hiver où les artistes venaient emmitouflés dans leur manteau doublé. Vêtus chacun d’un tee-shirt et d’un jeans et se déplaçant avec des chaussures de sport, les trois musiciens du JORDI GROGNARD TRIO arrivaient dans le Centre de Beauté Culturelle avec leurs instruments. Ils se sont placés sous le pétale d’ombre UN PEU, dans l’auditorium de la terrasse sous terraine. Manolo Cabras installait son ampli-basse devant le piano angélique. Il y enfonçait un câble jack relié au micro de sa contrebasse - pendant que Gaspar Sicx montait les éléments de sa batterie - pendant que Jordi Grognard chauffait sa flûte indienne et son saxophone - pendant que Cayo portait une très belle robe satinée bleue nuit. La Dutchesse faisait les entrées pour le concert et imprimait ONE THOUSAND AND ONE TERRACE sur la ligne de cœur de la main gauche de chaque spectateurs et spectatrice. Matthieu Ha présentait le trio devant l’assistance. Il éteignait ensuite la lumière. La terrasse sous terraine se trouvait dans une quasi obscurité. Dès lors, une lueur verte venue d’une lampe de poche accrochée au plafond, éclairait de haut en bas le contrebassiste. Elle appuyait la note bleue des trois musiciens. Dans l’obscurité du sol de la scène, une guirlande d’ampoules blanches clignotait autours du trio. Gaspar Sicx faisait trembler ses tambours. Tremblement de ses cymbales ! la grosse caisse tremblait aussi et faisait trembler à son tour la caisse claire par sympathie. Jordi soufflait dans son saxophone, le chaud et le bleu ciel, au-dessus des tremblements de la batterie qui évoluait vers des roulements plus sophistiqués. Il y avait ses accentuations et ses poli-rythmies, au milieu desquels, les cymbales se retenaient à la manière des pétales jaunes d’un pissenlit ou encore, partaient en escadre pour enrober la tonicité de ses deux confrères. Manolo Cabras était cabré sur la contrebasse afin de maintenir l’intensité et les poli rimes suivant les envolées du saxe, tous comme les attaques et esquives du batteur. Dans ce canevas, quelques éclairs coltraniens surgissaient comme des esprits irremplaçables. Enfin la flûte indienne venait apporter sa prière pendant que le boulevard d’Ypres perdait le jour et regagnait la nuit. Ainsi se terminait le cinquante septième des MILLE ET UNE TERRASSE.

Photographies de Cayo Scheyven



























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